27 août 2011
SUPPLÉMENT AUX FEUILLES JUIN / SEPTEMBRE
Née à Paris, Audrey Bernard a résidé une bonne partie de sa vie à Boulogne sur mer, ville qu’elle aimait et où elle puisait toute sa vigueur d’inspiration dans les rivages de ses côtes avec la perspective infinie de la mer
Onze recueils jalonnent son parcours poétique Un de ses premiers ouvrages avait été très tôt reconnu « par la rose et le sable » et couronné par la spaf (société des poètes et artistes de France) Au fil des ans, elle recueillit de nombreux prix parmi lesquels le Prix Marcelline Desbordes-Valmore –de la Société des poètes Français Le Prix de la ville d’Angers et même le prestigieux Prix Max-Pol Fouché ( 1987) pour « la nuit des Hespérides » Les présentations-préfaces de ses ouvrages furent également signées de noms illustres (Jehan Despert, Jean-Paul Mestas , Edouard Glissant Pierre Dhainaut etc …) Elle avait également ses entrées dans beaucoup de revues et dans plusieurs anthologies.
Elle fit partie de quelques associations poétiques entre autres Bulle en ternois de son amie Jeanne Maillet Elle était également peintre et conférencière
Elle est décédée en mai 1997 et fut enterrée dans le cimetière de Boulogne sur mer auprès de son époux Jacques Douézi
Un long compagnonnage en poésie avec Audrey Bernard
Audrey Bernard et jeanne Maillet
Vingt ans de "compagnonnage" en poésie (I977-I997) cette dernière date étant celle de la mort d'Audrey Bernard (un 3O Mai) voilà ce que fut un temps d'amitié forte et belle avec ce poète.
Deux anecdotes sont assez significatives, du moins à mes yeux - et aux siens - nous qui portions un intérêt majeur aux signes adressés par la vie: j'ai rencontré pour la première fois Audrey lors d'une séance de remise de prix (dont le thème était l'eau)à Bruay-en-Artois Salle de l'Hôtel de l'Univers (ce qui était déjà tout un programme), cet "univers" se voulant un "royaume". Et ma dernière visite à elle alors très malade et affaiblie, eut lieu dans son appartement de la résidence "Héliodore" à Boulogne-sur-Mer, rue de la Paix. Tout un programme encore que cette "Porte du Soleil" (tant cherchée) et cette rue de la Paix (enfin trouvée pour elle, la batailleuse.)
Voila pour ce genre de réflexions qui sont loin de me paraître anodines.
Quant à l'itinéraire poétique d'A. Bernard, elle me devança de très peu et par le même biais: celui de la participation à la Société des Poètes et Artistes de France où officiait alors en grand maître, à Cysoing, Clovis Sergeant (cet excellent poète, à l'œuvre trop méconnue). Elle y obtint d'emblée le Grand Prix (I976) avec un manuscrit "Par la Rose et le Sable", livret qui contenait déjà ou à peu près l'essentiel de sa pensée et de son écriture poétique.
Prix Max Pol Fouchet avec le titre "La nuit des Hespérides", livret préfacé par Édouard Glissant, poète Martiniquais récemment disparu.
À St Pol sur Ternoise, au Cercle Poétique (qui connut 25 belles années d'existence) on se souvient du passage d'Audrey avec les "causeries" qu'elle y donna ( 6 ) et deux expositions de ses peintures (car elle aimait aussi taquiner le pinceau ou confectionner des "collages" toujours très symboliques, voire énigmatiques ? Mais ces expositions et prestations toujours dans la plus belle et chaleureuse ambiance artistique (ceci au Musée local de la Ville)
Nous eûmes aussi le privilège d'être toutes deux reçues en Écosse, à Édimbourg, par la Poetry Society of Scotland, grâce à l'intermédiaire d'un ami poète commun, spécialiste de Marie Stuart : Robin Bell.
Dans sa ville de Boulogne sur Mer, A Bernard poursuivait la même quête artistique (avec les Cahiers du Vieux Boulogne auxquels elle coopérait) en étant guide pour les Monuments Historiques dans divers circuits de la ville.
Que ce bref survol de la vie d'un poète ne soit pas trop réducteur!
Je pourrais mentionner aussi ces pierres voisines à Tournai, à "l'escalier des poètes" où est gravée sur la sienne cette belle pensée: "Toute moisson est à venir pour l'homme délivré du temps".Celle que j'occupe, un peu plus bas portant celle-ci :"Soleil, compagnon de nos haltes pensives".
La poésie, chez Audrey, se vivait au gré d'humeurs, de compromis avec le quotidien, de vastes doutes sur notre vraie place dans la vie. Il est bien possible que sa personnalité fût "double" (à la manière d'un Janus à deux visages) et qu'elle n'en présentât que le côté qui l'arrangeait (ou qui la dérangeait le moins, sur le moment!)
Son talent et sa "force" poétique s'imposent cependant par cette alliance de mystère et de majesté, de puissance d'imagination qui pouvait aller jusqu'à la vision, sorte de projection mentale des êtres et de la destinée apocalyptique de notre Terre!
Ces Feuilles de poémier accueillent aujourd'hui dans leur arbre fraternel ces lignes d'un singulier à-propos:
"Gardez-moi encore un peu dans la maison de feuilles"
Est-ce là encore un beau clin d'œil du Temps et de la Poésie?
Dans ces pages donc, Audrey Bernard repose avec sérénité?
Jeanne Maillet
QUELQUES TEXTES D'AUDREY BERNARD
Sur l’allée sombre du canal
le silence des cygnes
hante l’automne
perpétue l’immobilité du lieu
dans l’enceinte de pierre
à l’abri du temps
La mort qui vit en toi
installe ses fuseaux
tisse déjà le suaire du silence
offrande épanouie
toute naissance est à parfaire
dans l’aberration des désirs
La mousse aux pentes des terrasses
et sur les marches oubliées
la fissure du temps s’affermit
Des insectes de couleur
griffe l’eau morte des fossés
entre les gestes des roseaux
Silence à l’approche de l’hiver
solitude pour les yeux
Voyage entre les iles (Béné- Nîmes 1980)
Vivre à l’encontre du poème
Quand tout désir est aboli
Le pain sur la table à midi
c’est le soleil sans artifice
Sans ton pied nu
l’insecte au noir venin proteste
Il faudrait l’eau de la mémoire
pour tapisser d’azur les murs lointains
pour ouvrir en riant la porte aux cent rumeurs
Sursis pour une aube
Encore un peu …
nos regards se rappellent
la fraicheur des matins
sur le sable engourdi
le ciel en camaïeu
au tablier des lavandières
Le vieux langage ressuscite
Un oiseau feu secoue les mots
pour nous perdre dans son miroir
Dans ce Pays comme au début du monde
Collaboration avec Jeanne Maillet et
Jean-Paul Mestas (Barre Dayet coll. jalons)
20 juillet 2011
Evelyne Leroy
Conversation sur un banc
D’après un tableau d’Évelyne Leroy
Un banc de soleil et d’ombre
Abrite les rencontres
Tous les jours, à heure fixe, il est là par hasard
Avec des images à partager,
Des petits riens d’une vie ordinaire
Des petits riens qui s’échappent du temps
Là où la maison de retraite laisse des vides.
Il dit ces souvenirs qui le poursuivent
Qui l’aident à passer d’un jour à l’autre,
À évoquer moments tristes et moments joyeux.
Appuyé sur sa canne
Il happe le passant
Celui qui a un instant,
Une oreille à offrir
Même si l’autre l’écoute du bout de l’esprit.
Un passant, parfois le même parfois un autre
Écoute parler d’une femme qu’il ne connaitra jamais
Dont le temps a gommé les défauts,
Il écoute les conseils de jardinage
Sans dire qu’il habite au quatrième étage.
Il écoute parce que c’est son rôle d’écouter
C’est son rôle de passant
Qui sait que cela fera passer les heures
Un chien l’accompagne,
Qui est comme lui, patient
Qui accepte une pause obligée dans la promenade
La voix de l’homme est un ronronnement rocailleux
Une voix à la Gabin …. Une voix venue de son cinéma personnel
Qu’un hochement de tête suffit à relancer
Il reviendra un jour ou un autre
Sur ce même banc
Peut être lui, peut être un autre
Et pendant ce temps, …..Un peintre passe
Textes des Lundis de l’équitable du 2 mai 2011
autour du tableau de Martine Humbert
La maison oubliée
D’après le tableau de Martine Humbert
Maison aperçue au détour d’un chemin.
Maison un peu perdue derrière arbres et jasmin.
Elle a un air triste les soirs d’hiver
Quand esseulée elle écoute le hibou
Qui fait peur aux passants.
La porte est ouverte aux vents et à la pluie.
Les vieux carrelages disjoints résonnent de tous les bruits
du furtif passage de quelque animal nocturne
aux envolées pressées de la chauve souris.
Les fenêtres tentent une protection futile.
Les reflets de sa mare n’attirent plus les pêcheurs.
Les broussailles ont envahi les parterres,
les roses trémières ont laissé leurs tiges grises et fanées
se répandre sur le sol.
Dès que le printemps approche,
L’appel de son vieux toit
réveille les couvées d’hirondelles .
La cascade glousse et attire les canards de passage.
La vie se réveille sous les rayons de soleil.
Et même le vieux rosier planté par mon grand-père
reverdit et promet des bouquets odorants pour tout l’été
texte collectif fiat à l’Équitable le 4 avril 2011
21 février 2011
autour de Fabienne Clin
CHEVAL DE MANÈGE
D’après une aquarelle de Fabienne CLIN
Chaque été, lorsque je vois les manèges
Les odeurs de mon enfance
Surgissent sur la place.
Entre les chevaux de bois
Et la barbe à papa.
L’orgue de barbarie
Fait entendre sa musique
Et moi en descendant
J’avais le vertige.
Dans une brume légère,
Il m’en souvient ma fille,
Les chevaux tournaient
Au son d’une ritournelle
Je pensais qu’ils étaient bien appris
De tourner en rond sans plus de façon ;
Avec lenteur, avec douceur.
Au rythme de la chanson
Dans mon esprit d’enfant
Ils conversaient ensemble
Ces jolis chevaux de bois
Blancs harnachés de rouge.
Je les imaginais,
Tout au fond de mon rêve
S’échangeant des souvenirs
D’herbe tendre et d’air pur.
Ils se parlaient
De courses folles
Sur la lande
et des chemins de caracole.
Un cheval se cabrait
Sous l’œil de ses complices
Dans une lumière magique
Qui lui donnait vie
Il descendait du manège
Galopant vers la liberté
Lui l’élu, le rebelle
Il illuminait mon rêve.
Texte collectif issu du lundi 15 novembre à l’Équitable de Douai
30 octobre 2010
les textes de l'Équitable
LE VIEUX ET SA JUMENT
Le vieux paysan est joyeux.
Il couve de son œil malicieux
Sa compagne des jours de peine,
De travaux des champs, de froides haleines.
Il sait que ces temps sont terminés,
Qu’il n’a plus à l’harnacher.
Ni colliers, ni charrue,
Ces moments sont révolus.
C’est une vieille et blanche jument
Qui tend des naseaux frémissants
Et dans l’air vif et matinal
Foule encore le sol rural.
De ces années de labeur et de complicité.
Resteront les images du passé
Du maréchal-ferrant
De l’angélus au milieu des champs
Maintenant l’âge est venu
Le tracteur a remplacé la charrue
Le fils à son tour trace le sillon
À son tour le tourbillon.
Il restera les souvenirs et la tendresse
S’accompliront les promesses
Le vieux lui murmure à l’oreille
Que pour elle de l’herbe sera toujours sans pareille.
Texte collectif du Le 4 octobre 2010 à l’équitable
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DRAGON DE FEU
Le dragon l’a emportée
Loin, si loin.
Elle s’est lovée en lui,
Douce Ève
Au corps abandonné,
Lisse, épuré,
Purifiée par le feu.
Elle est d’air et d’eau
Et ne craint pas
Le feu qu’elle apprivoise
Et qui l’emporte
Dans la forêt intemporelle.
Pour elle, il adoucit
Son corps rugueux
Il couche ses écailles
Pour ne pas blesser
Sa « gracieuse » qui l’a séduit
Et apaisé de ses colères
De ciel d’orage
Ils célèbreront
La fusion de leurs âmes
Dans cet autre temps
D’amour et de mystère.
Texte créé avec les participants aux lundis de l’Équitable le 7 juin 2010
11 octobre 2010
feuilles de poémier ... oct / nov 2010
IMAGE POUR ÉCRIRE
POURQUOI PAS ?
Cocon de soie
Forme ronde, lisse, tendre au toucher
Tu enveloppes peut-être un futur papillon
Quel drôle de nom
pour un petit pape !
mais pourquoi pas ?
Tes fils dissimulent-ils une araignée venimeuse et velue ?
Un oiseau bleu prêt à prendre son essor dans l'azur ?
Pourquoi pas ?
une douce jardinière
lèvera bientôt le mystère. Marie-Noëlle HOPITAL
PRIX DES BEFFROIS 2009 LA PROMESSE accumule à l’horizon des raisons de petits soleils à la recherche de l’abeille creusés de nuit et de lumière unis d’une main sous le ciel comme les feuilles dans les bois et l’été d’un verre d’eau fraîche qui laisse le foin et la faux le rêve au cœur de la saison comme l’alouette au miroir comme un soleil noir dans le puits le jour a des fleurs de mariés sur la poussière de la table avec des airs plein la charrette pour le froment et le vin gris la mort n’arrête pas la vie pour peu que l’ombre se fasse humaine. J-M LIÉNARD ---------------------------------- SOUS L AILE DU POEMIER: Le prix de poesie "jeanne Maillet"décerné au Touquet,chaque année,au manuscrit arrivé en second au prix des Trouvères sera dorénavant hébergé aux "Feuilles de poémier" avec la publication de poèmes de l'auteur remarqué. Cette année :Serge ROCHE pour son manuscrit: " VERS LE ROCHER TROP LOIN DE MOI " Parmi les 6 manuscrits retenus en finale au prix annuel des Trouvères, au Touquet, "Vers le Rocher trop loin de moi" a été distingué par le jury, "talonnant " le lauréat ("Passage d'hommes" de Alain Piolot) de très peu. de voix. C'est avec gratitude que nous remercions le Cénacle du Douayeul " d'héberger" le lauréat de l'année 2OO9 en proposant aux lecteurs quelques -uns de ses tres beaux poèmes. Sur les 3O textes composant le manuscrit, nous avons choisi ces poèmes par ordre "d'avancée", c'est-à dire en commençant par le texte du début,, puis, 6 suivant le rythme du poète, et enfin le poème terminal, ce qui nous semblait nous rendre plus proche cette poésie toute d'interrogation, de suspens, de "veille" , de jeux de cache cache avec une nature"exotique" tout d'abord (l'auteur vit en Afrique) ,d'inquiétudes aussi comme si le poète luttait contre un invisible "roc" (celui de la nature humaine? du grand désir de le "briser" pour mieux accéder à une voie- une vie- lumineuse et espérée? La tentation est belle de donner cette explication qui rete toute personelle. Mais le lecteur pourra, je l'espère, se faire sa propre opinion sur la qualité d'âme de l'auteur et sur la beauté preque "envoûtante" de sa poésie.Place aux poèmes! J.M. Le ciel sur la savane des jets d'oiseaux fuyant l'orage la nuque du rocher Et sa tête penchée vers des pistes L'oeil a plusieurs étages la main chase la poussière des tempes Et les mouches sur l'étroit front de pierre essaim de souvenirs trop vifs dans l'instant Toujours des cris lointains des paroles et des arbres Et des ombres qui longent la racine des toits des cases seules sous les fumées L'inquiétude inavouée d'un masque qui se repose le dos offert à la rumeur du soiur &&&&& Il n'y a pas d'horizon Seulement des ajours de dentelles à la cime des frondaisons Des parures de feuillages et des claquements d'ailes Sur fond d'ocre Le blanc cède au noir le mystère le sang d'un flamboyant se dilue Au matin tout redevient vert.
27 juin 2010
TEXTES ÉCRITS À L'ÉQUITABLE -- SOIRÉES 2009-2010
D’après « le feu » de Judith DEBRUYN
Le dragon l’a emportée
Loin, si loin.
Elle s’est lovée en lui,
Douce Ève
Au corps abandonné,
Lisse, épuré,
Purifiée par le feu.
Elle est d’air et d’eau
Et ne craint pas
Le feu qu’elle apprivoise
Et qui l’emporte
Dans la forêt intemporelle.
Pour elle, il adoucit
Son corps rugueux
Il couche ses écailles
Pour ne pas blesser
Sa « gracieuse » qui l’a séduit
Et apaisé de ses colères
De ciel d’orage
Ils célèbreront
La fusion de leurs âmes
Dans cet autre temps
D’amour et de mystère.
Texte créé avec les participants aux lundis de l’Équitable le 7 juin 20
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La ville imaginaire d’après l’œuvre de
Newzad Menaf
Elle rêve, elle rêve,
Son corps alourdi de fatigue
Les travaux de la journée l’ont ravagée
Et dans la nuit soudain fluide
Elle rêve, elle rêve
D’un endroit magique, fleurit
Où les minarets auraient des rosaces de cathédrales
Où le petit chaperon serait vert ou bleu
Où les hommes perchés s’envoleraient à l’aube
Elle rêve, elle rêve
De pensées voyageant d’esprit en esprit
De mains agiles caressant la lune
De fleurs légères poussant da&ns les airs
D’une ville flottant dans une lumière ocre
Elle rêve, elle rêve
De graines semées par des mains divines
D’où germeraient des villes et des campagnes
Des rivières et des rues
Dans un espace d’infinie dimension
Paisiblement entre deux soleils
mai 2010
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D’après « les yeux d’Elsa » de David Leclerc
Qui es-tu belle étrangère ?
Ta longue chevelure
Cache tes larmes qui brillent encore
Au bord de tes cils.
As-tu fuit ton pays du désert ?
As-tu fuit une famille, un mari, un père ?
Toi seule sais de quoi est faite ta nostalgie
Toi seule sais la peur qui empêche de penser
Tu sais que la folie s’éteint entre deux mondes
Là où les souvenirs se reposent
Après une attente interminable
Mais un jour, tu te tourneras à nouveau
Vers la lumière
Et le rêve habite déjà ton regard.
Texte collectif fait le lundi 1er mars
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Culture malmenée
D’après le tableau « le livre » de Jacques Lefèvre
Livre est de papier froissé,
Quelquefois déchiré
C’est la faute des mots
Si le livre est placardé
Crucifié, victime de l’autodafé
C’est la faute des mots
Si le temps s’échappe de l’histoire
Si la connaissance descend et se répand
C’est la faute des mots
Si le squelette démembré d’une histoire
Répand la sève nourricière de la page
C’est la faute des mots
Si l’émotion jaillit et tombe dans la coupe du temps
Si l’imaginaire déborde des paroles qui s’envolent
C’est la faute des mots
Si le monde refuse la connaissance
Si le livre pleure
Et que les mots passent
Décembre 2009
15 avril 2010
le tag
La gitane
Elle vous regarde de profil,
La chevelure dense.
Pour se donner un style,
De sa bouche, elle balance
Des volutes dignes du grand Serge.
Peut-être prendrez-vous un siège
Pour rester là et l’admirer.
Croyez-vous pouvoir vous mirer
Dans cette œuvre urbaine ?
Et également humaine.
Dans son regard énigmatique
Est conservé un mystère
Tel un langage ésotérique
Destiné à jamais à se taire.
Olivier Vincourt
entretien avec Pierre Oster-soussouev
Pierre Oster est notre prochain président du Prix des BEFFROIS, Lors de nos rencontres, nous avons pu recueillir ses réflexions en voici quelques unes sur le langage qui méritent que nous nous y attardions
D.J-L --Henri Mitterrand qui fait la préface de « Paysage du tout » dit que vous êtes onirique, que vous êtes symbolique attiré par ce qui est mystique qu’en pensez-vous ?
P.O il faut laisser aux préfaciers que l’on peut avoir dans une vie la responsabilité de ses propos… Henri Mitterrand qui est un grand spécialiste de Zola avec qui j’ai partagé au cercle du Livre précieux un tout petit bureau, il s’occupait à ce moment des œuvres complètes d’Émile Zola et lorsqu’on m’a proposé de publier chez Gallimard cette anthologie dans la collection Poésie Gallimard – une assez bonne collection la question « voulez vous partir seul ou accompagné « partir seul est parfois un devoir, mais partir accompagné est souvent un plaisir ; donc j’ai pensé à lui qui est un stylistique un rhétoricien qui présente des caractères qui ne sont pas les vôtres et c’est pour cela que j’ai pensé à lui parce que nous étions complètement différents
D.J-L il vous compare pour la pureté de vos mots à Flaubert
P.O ah vous avez lu cela ? J’avoue que dans l’instant j’avais oublié cette comparaison. Mon admiration pour Flaubert est ancienne et définitive Cette comparaison me semble hardie dans la mesure où je suis un écrivain moyen et que Flaubert est parmi les écrivains les plus grands à la grande bibliothèque lors de l’exposition « Brouillons d’écrivains » il y a des brouillons qui m’ont jeté dans un état de semi extase ; c’est là que des gens comme moi tentent de construire à des pages transparentes équilibrées étonnantes mais échouent ….
D.J-L on évoquerait ici volontiers Flaubert pour la recherche du mot et du ton juste sans les échos de l’ironie que Pierre réserve à la conversation privée et Mallarmé pour les emprunts aux ressources lexicales de l’âge classique voici votre livre que j’ai noté (et non pas annotés car on n’écrit pas sur les livres) l’un parle de la pureté La pureté que vous avez acquise est-elle dûe à l’élagage de « vos rejets gourmands »
P.O c’est une très bonne question Voyez cette place plantée de platane … ce n’est pas une plantation naturelle ce sont des artéfacts une création humaine Une haie, un talus rien dans la nature n’est venu de cette façon de même, nous pouvons dire que le langage est en nous, témoin même de tout ce que les générations successives ont produit de meilleur de plus pur de plus étonnant par la pureté, par la régularité aujourd’hui cela peut paraitre d’un caractère archaïque pourtant dans les écoles , on nous a appris à écarter certains mots, à renoncer à certaines tournures mais si on se montre attentif à ce qui se passe dans la vie, on peut se rendre compte que chacun d’entre nous tente de restituer à la langue un état édénique, primordial on évite le retour des sons Dans les région où les gens parlent bien, on voit bien que les gens recherchent une certaine pureté et je suis quant à moi, désireux d’exalter la langue dans ce qu’elle a de transparent. Quant aux élagueurs ce sont des gens responsables du destin de nos arbres et ce texte Sagesse de l’élagueur, il m’est venu au pied de ces arbres qui étaient livrés au travail de ces professionnels
Élaguer c’est créer du futur, élaguer ce n’est pas du tout détruire au contraire former la substance d’une forme d’avenir Il est dans la nature de l’homme de créer une forme de régularité.
J’ai donc choisi, usant de violence autant que de prudence, d’imiter celui-là qui médite ou invente l’avenir de nos arbres ; qui d’abord pratique le sacrifice des rejets, des gourmands, qui, se hissant à la hauteur du bouquet, interroge la sève et lui ménage des issues voluptueuses, qui, enfin , dans une manière de climat tragique, parie au milieu des brindilles pour une forme de continuité délicate .
11 avril 2010
la femme -textes pour le printemps des poètes
MADAME
Par ces alexandrins, Madame j’aimerais,
Décrire élégamment vos charmes et vos traits.
Souriante fillette à l’allure candide,
Vous devenez bientôt gracieuse sylphide
Encline à vous muer près d’un prince charmant
En tendre “ Blanche-Neige ” ou “ Belle au bois dormant ”.
…Et seize ans sont échus ! Vous êtes amoureuse ;
Vous prononcez un oui, vous vivez bienheureuse,
Découvrez le bonheur de la maternité,
Aimez, donnez toujours avec facilité.
La descendance suit. Grand-maman bienvenue,
Parfois le dos courbé, par un bras soutenue,
Il vous arrive encor, par amour du devoir,
D’offrir et de transmettre à tous vents le savoir.
Puissent vos grandeurs d’âme un jour être gravées
Sur la table des lois du royaume des fées.
Daniel CARLIER
la femme aux pas de lune la femme aux pas de lune avait le front joli et le corps allégresse pour hisser ses trésors aux changeantes leçons dans quelque lieu secret où riait la déesse double de son émoi et de sa déraison la femme aux pas de lune avait le rire doux des élus de la gloire et les bras constellés d’une impérieuse loi. Qui donc avait prévu cet accueil ? Et qui croire de l’amant éternel ou de l’homme de foi ? La femme aux pas de lune avait le cil amer des repentis de vivre et le désir tremblant de silence et d’espoir. Sous le ciel moissonné de tendresse et de givre, la femme aux pas si doux interrogeait le soir... Jeanne Maillet
Femme qui est tu ?
Femme que veux-tu ?
Moderne dans tes idées
Parfois fantastique
Quelquefois utopique
Eternel féminin
Toujours pleine de charme
Tu fais rêver les hommes
Madeleine Muylaert
Elle, comme éternelle
Elle est terre d’amour ; il devient convoitise
Ce doux puits de son corps ;
Sur son sein généreux, repu, l’enfant s’endort.
Et si vaste est son cœur qu’il s’ouvre aux quatre vents
En rameaux de tendresse ;
En écho du désir elle se veut maîtresse.
Mais d’un beau chevalier soudain désarçonné
Peut surgir l’infortune
Quand passe à l’horizon la nymphe, aux yeux de lune…
Du vice, de la vertu, détient-elle la clé ?
Femme esclave, ou vénale,
Elle paie en sa chair parfois la bacchanale !
Poète il voit le ciel à travers son image
D’Eve idéalisée,
D’amie, aussi de sœur spiritualisée.
Elle est terre d’amour et moisson d’espérance ;
Son âme refleurit.
Geneviève Bailly
( Et que les femmes ne doutent plus de leur pouvoir
Jusqu’au rire des étoiles
Jacques Salomé
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Femme d’orage et de passion
Tu éclaires la vie
Et tu traverses les saisons
Tous les rideaux de pluie
Toi qui satines les matins
Avec ton cœur, avec tes mains
Dans la lumière des amours
Dans la légèreté des jours…
Toi qui distribues les étoiles
Pour habiller le moindre voile
Sur les bateaux du temps
Sur les rêves longtemps
Te poseras-tu quelque part ?
À l’orée des voyages
À la porte des iles
Au rythme des rivages
Femme forte et fragile.
À Geneviève Francine Grosdenis








